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jeudi 31 décembre 2015


L'obscurité a toujours  été stigmatisée dans le monde occidental . C'est qu'on la craint . Elle pointe toujours une  absence , une privation ,une frustration même . Manque de lumière , au sens physique, manque de clarté , au sens intellectuel. Dans un cas comme dans l'autre , nous sommes délogés de notre zone de confort . Il nous faut procéder à tâtons avec le risque de nous cogner à la réalité concrète ou abstraite .

Mais à y bien réfléchir , l'obscurité fait partie du grand cycle de la nature . Si le jour existe , c'est bien parce que la nuit lui donne naissance . Notre gestation dans la matrice maternelle s'est aussi effectuée dans l'obscurité la plus complète . Et la vie organique ne serait pas possible sans la mise en sommeil des photons . Pour permettre à la nature de se régénérer ou tout simplement de se développer , l'obscurité est donc  indispensable .  

Le domaine des inventions techniques en a d'ailleurs tiré amplement partie .  La photographie n'aurait jamais vu le jour sans la mise au point de la chambre noire . Et le cinématographe nous attire bien dans des salles obscures pour que prennent vie sur un écran les destinées les plus variées . Il en est de même pour les salles de spectacles : que ce soit au théâtre ou à l'opéra , pour que la magie opère , la lumière de la salle doit s'éteindre  pour que celle de la scène nous illumine . 

Si le divertissement la courtise, si elle est un composant inaliénable de la vie , il serait enfin temps que nous cessions de la redouter , voire même de la diaboliser . On oublie trop qu 'elle est plus proche de nous qu'il n y paraît . Il n'est  qu'à sonder notre moi profond pour y dénicher notre part d'ombre  . Tapie au fond de nous , elle attend que nous l'apprivoisions .La fuir reviendrait à  se renier soi même , à se détruire ou , pire encore , détruire les autres. L'obscurantisme , voilà ce qu'il faut combattre . Car il a pour seule fin  de plonger le monde dans les ténèbres en lui fermant les portes de l'avenir . 

lundi 21 décembre 2015

C'est toujours un peu la même histoire, ces grands méchants sur grand écran qui font le mal pour le mal.  Ils ont toujours raté quelque chose dans leur enfance. Soit ils ont grandi dans l'ombre intergalactique  d'une mère qui a tout fait pour leur faire oublier leur père . Soit ils ont grandi  dans le vide sidéral laissé par une mère démissionnaire en prise avec un père tortionnaire.

 Comment leur reprocher ensuite d'être bancals , eux qui n'ont appris à se tenir debout qu'en s'agrippant au mât de leur lit, spectateurs du naufrage parental et cherchant plus tard leur bonne étoile dans le ciel de leurs délits? Quand on est privé d'un centre , ballotés entre un besoin d'amour  immense et un sentiment d'abandon , peut-on faire autre chose que de se tourner vers le côté obscur?

Comme ces fruits que l'on cueille des arbres avant qu'ils n'aient mûri, ils pourrissent en leur coeur en se gorgeant de rancoeur. Ils se nourrissent de leur rage et s'enivrent de pouvoir. Ils aiment d'un amour malsain , martyrisent leur entourage , se méprisent tout autant qu'ils s'admirent. Ils veulent prendre leur revanche sur la vie,  se venger d'avoir été trop aimé ou pas assez . Ils vendent leur âme au diable , se consument dans les supplices du mal car ils n'ont jamais goûté de meilleurs délices.

Puis ils croisent les pas du héros, celui qui leur tend le miroir de leur conscience et fissure leur carapace de remords intenses. Le feu qui les dévore se transforme en minuscule flamme . Le chaos qu'ils ont semé leur laisse un goût de cendre dans les entrailles. Ils repensent à leur enfance, à leurs premiers  bonheurs vite étouffés par le malheur, mais aussi à tout cet amour qu'ils ont emprisonné dans leur coeur pour laisser libre cours à leur fureur.

Et comme il faut bien une morale à toutes ces histoires , le bien finit par triompher du mal .  Les héros doivent bien servir  à quelque chose. Mais au fond, le méchant doit se réjouir plus qu'autre chose de tomber sous les coups de ces hérauts d'un monde meilleur. Parce que , vraiment, passer toute une vie à faire le mal , ça ne doit pas être toujours rose . Ils le méritent bien ,  leur repos éternel . Avoir constamment la force avec soi, quoi qu'on en dise, c'est ...mortel ...

lundi 7 décembre 2015

On passe sa vie à attendre. C'est une nécessité à laquelle on ne peut se soustraire. On attend un train, on attend son médecin . On attend des nouvelles des personnes à qui l'on tient. C'est une passivité dont on se passerait bien , car elle nous fait prendre conscience, à nous qui clamons notre autosuffisance, de notre  dépendance aux autres mais surtout aux circonstances . 

Il arrive qu' on attende pour rien aussi. C'est le plus dur . Attendre quelqu'un qui ne viendra jamais. Quelqu'un qu'on ne connaît pas mais dont on est sûr qu'il nous reconnaîtra dès qu'il apparaîtra, qu'il rompra le maléfice qui nous lie au malheur ou et au désamour de soi . Il faut bien croire en sa bonne étoile quand on a l'espoir pour unique fanal . 

En attendant , on essaie de poursuivre son chemin bon an mal an. On se laisse porter par le rythme des saisons et le cortège de leurs célébrations . On patiente stoïquement des mois durant , endurant le froid hiémal et celui, plus glacial,  des couloirs où piétine notre âme . 

Puis un beau jour , on se rend compte qu'on n'a plus rien à attendre. Qu'on a même attendu pour rien. Que celui qu'on attendait n'est jamais venu et que d'autres qu'on n'attendait pas sont venus à sa place, pour le meilleur et pour le pire . 

Et l'on se dit qu'on s'est trompé. Que la vie répond rarement à nos attentes. Que le  bonheur est un miracle qui n'existe que dans les contes , un cadeau de Noël égaré en chemin qui n'arrivera jamais à destination . 

Alors on se résigne à attendre celle dont on ne sait rien mais qui nous connaît si bien . Celle qui tient toujours parole , quelles que soient les saisons , quel que soit le continent . Celle qui nous confirme que la vie n'est qu'une vaste aérogare et que nous sommes des passagers sans bagage , perdus au milieu de nulle part et qui rêvent de nouveaux départs pour quitter cette terre jonchée de cauchemars. . 


samedi 21 novembre 2015

La vérité nue , on a beau la chercher , elle fait tout pour se dérober à nous . Quoi qu'on fasse, elle s'enveloppe d'un voile pudique et ne nous laisse, comme trace de son passage,  que les pièces d'un puzzle organique qui sans cesse se modifie et défie notre entendement.

Pourquoi , d'ailleurs, vouloir à tout prix  l'appréhender au singulier , nous qui sommes une multiplicité d'individus à l'identité multiple au cours de notre vie ? A chacun sa vérité , faudrait-il dire. Et il en est peut-être mieux ainsi . Car comment ne pas succomber à la nausée quand on la dépouille de ses oripeaux mensongers ? Où trouver la force de surmonter  la répugnance qu'elle nous inspire quand elle nous offre le spectacle obscène de son corps en décomposition avancée ?
 
A vrai dire , on ne désire pas vraiment la connaître . On la fuit , même , plutôt qu'elle ne nous fuit. Et c'est là la seule vérité qui tienne. On s'accommode très bien de ses simulacres , des masques qu'elle prend plaisir à porter pour mieux nous tromper . Ses sourires , ses belles paroles nous font croire que la réalité n'est pas si intolérable que ça .

Un jour ou l'autre, pourtant, il faut bien que le rideau tombe. Acta fabula est ! Le hasard joue si bien aux dés . On prend soudain  le temps de se regarder dans le miroir sans fard . Et on ouvre les yeux sur ces regard fuyants qui nous entourent, ces propos aberrants , ce théâtre de faux-semblants dans lequel on jouait le rôle principal tout en croyant n'être qu'un figurant .

On se dit alors que l'espèce humaine est une calamité, on se reproche d'avoir été si naïf aussi . Mais au bout du compte , on finit par s'en féliciter. Car ce temps qu'on a passé à se laisser séduire par cette vérité grimée  a été un temps béni . D'abord parce que nous avons baigné dans la sérénité, ensuite parce que , grâce à lui , nous parvenons enfin à agencer les pièces manquantes du puzzle de notre identité.

samedi 14 novembre 2015


Nous sommes bien peu de choses sur terre . On a souvent tendance à l'oublier . Ce n'est qu'en des circonstances dramatiques que soudain nous est rappelée la précarité de notre existence, notre vulnérabilité physique tout autant que psychique, nous qui  ingérons à longueur de journée des maximes vitaminées mensongères qui proclament notre invincibilité .
 
Que celui qui ne s'est pas vanté de posséder en lui les armes pour conquérir le monde me jette la première pierre ! On nous enseigne que nous sommes maîtres de notre destin; que vouloir, c'est pouvoir; que nous possédons en nous les clés de la félicité et de la réussite. Harnachés de pensées positives, nous avançons d'un pas décidé, le corps discipliné et l'esprit galvanisé, prêt à en découdre avec quiconque entravera notre chemin.

Mais nous oublions que la vie n'est qu'un château de cartes. Que nos constructions ne sont qu'éphémères et que nos passions nous conduisent inévitablement sur le chemin de la Passion christique. Nos réussites ne sont que l'envers de nos échecs, et nos unions , qu'elles soient amicales, conjugales ou professionnelles finissent toujours, tôt ou tard, par des séparations .

Si nous naissons un jour à nous-mêmes, ce n'est que pour saisir notre impermanence en ce monde , notre proximité ontologique gênante avec les choses inertes qui nous entourent, une fois que le souffle divin qui nous anime nous aura été dérobé. Oui, nous sommes décidément bien peu de choses sur terre. Nous avons beau marcher la fleur au fusil , nous ne serons jamais que de la chair à canon pour ceux qui tuent et meurent pour des idées car ils sont trop lâches pour avouer qu'ils ont perdu le combat contre eux-mêmes.

dimanche 25 octobre 2015

Raconte-moi une histoire! Telle est l'injonction que l'enfant donne à l'un de ses parents quand la nuit tombe et qu'il est temps pour lui de se coucher . Comme si ce rituel était le passage obligé de la veille au sommeil , un moyen comme un autre de conjurer la plongée aussi nécessaire que terrifiante dans l' inconnu nocturne.

Car cette suspension provisoire de la conscience , cette mise entre parenthèses de la vie n'est que la préfiguration du néant à venir , de celui dont l'enfant a le pressentiment avant même qu'il n'ait affecté son environnement immédiat . La mort , même s'il n'en a aucune connaissance physique, sait ne pas se faire oublier en s'affichant avec ostentation dans les médias . Elle s'étale en gros titres sur les journaux , en bannières sur nos écrans .Elle se venge de son impopularité en s'invitant , comme la fée Carabosse, au baptême des nouveaux-nés mais aussi à toutes les festivités .

Elle nous raconte toujours la même histoire , en somme . Quoi qu'on fasse , elle a toujours le dernier mot . C'est une romancière hors-pair, irriguant ses intrigues de suspense , se nourrissant sans cesse de l'effet de surprise qu'elle produit . Elle est toujours là où on ne l'attend pas . Et c'est pourquoi elle nous fascine , tout autant qu'elle  nous terrifie . Jeunes , vieux , tout le monde y passe . Seul son mode opératoire varie .

Femme fatale , faucheuse hideuse , l'iconographie l'embellit ou l'enlaidit. Que lui importe l'apparence qu'on lui donne . Elle ne se donne jamais à voir . Sans substance , et pourtant consubstantielle à notre existence , elle n'est pas à un paradoxe près . Elle ourle nos songes de l'appréhension qu'elle nous inspire et alimente nos fantasmes d'anéantissement les plus fous .

 L'histoire que l'on raconte au jeune enfant la met en scène aussi . Mais ce n'est pas n'importe quelle histoire . Elle se situe toujours dans des contrées lointaines et des temps reculés , comme si l'on voulait l'exorciser en la circonscrivant à un cadre spatio-temporel bien délimité.

C'est pour cela que l'enfant la réclame , chaque soir, son histoire , et que plus tard , il s'en racontera lui-même , des histoires , aussi  abracadabrantes que celles de sorcières et de sortilèges , dans la tentative de rompre les maléfices de la vie et repousser  la part grandissante d'obscurité en lui .

samedi 3 octobre 2015


Il est une question qui nous taraude toute notre vie, depuis nos premiers pas sur la scène du langage jusqu'à notre sortie de scène finale , qu'elle soit lente ou brutale. Cette question, c'est celle du pourquoi.

L'enfant , quand il découvre le monde  physique qui l'entoure et tente de le comprendre , nous harcèle de ses interrogations constantes , cherchant par là-même à se rassurer tout autant qu'à poser la première pierre du château branlant de ses connaissances . Nous sommes , à ce stade , en mesure de lui apporter la  réponse qu'il attend  , vu le faible degré d'abstraction que celle-ci requiert . Il est en effet à notre portée de lui expliquer la raison pour laquelle un être humain a besoin d'air pour vivre , et un poisson d'eau . 

Là où nous risquons de perdre pied et boire la tasse , c'est quand surgissent dans son cerveau en construction les premières  questions existentielles relatives à notre durée de vie limitée sur terre . Pour couper court à une investigation poussée , on s'entendra  lui dire que si grand-mère n'est plus chez elle , c'est parce qu'elle est montée au ciel . Et l'on s'en mordra les doigts ensuite quand il nous dévisagera  d'un air sceptique , car pourquoi  grand-mère saurait-elle donc voler , alors que lui ne le pourrait pas  ?

C'est en  lui cachant  la vérité sur notre finitude que l'on prend  vraiment conscience de notre incapacité à résoudre les équations métaphysiques qui codent nos existences. Pourquoi devons-nous donc mourir ? Pourquoi devons-nous donc souffrir ? Pourquoi un plus un ne fera   jamais deux pour certains , mais continuera de faire toujours un plus un ?  Pourquoi ?

Certes la religion et les mythes nous apportent quelques lumières sur l'origine du monde . Ils comblent les hiatus que la science ne parvient pas encore à expliquer . Mais si nous aimons tant croire aux histoires qu'ils nous racontent , si nous  nous satisfaisons depuis des millénaires de ces versions de la Création bien qu'elles défient l'imagination  , n'est-ce pas dans la mesure où elles masquent  notre incompréhension anxieuse des mystères du monde ? En fin de compte , nous ne serions pas moins naïfs que l'enfant qui feint de croire au ciel pour repousser l'idée qu'il finira un jour sous terre.

dimanche 20 septembre 2015


"Ça n'arrive pas qu'aux autres!". Cette phrase , on se l'entend dire quand il est déjà trop tard , que le destin a frappé à la porte de notre corps et de notre âme pour en renverser l'équilibre et nous obliger à nous confronter à nous-mêmes , avec toute l'angoisse et le désarroi que cela implique. C'est la prise de conscience fulgurante  de notre impuissance face aux choses de la vie , la déchirure du voile serein qui recouvrait le réel et qui aboutit à un déchirement moral souvent brutal . 

Qu'il s'agisse d'un vol ou d'un viol , d'un divorce ou d'un deuil , d'une maladie ou d'un accident , nous avons soudain le sentiment  d'être  injustement malmenés par les circonstances , de n'avoir pas mérité ce qui nous arrive , que la vie est assez dure comme ça  pour ne pas encombrer notre horizon d'obstacles qui entravent notre élan.

Il serait plus sage de se demander pourquoi on n'y a pas pensé avant , pourquoi l'on a fait preuve de tant de naïveté dans ce domaine alors qu'on manifeste tant de sagacité dans d'autres . Si ça arrive aux autres , ne sommes-nous pas nous-mêmes les autres des autres ? D'où vient notre prétention à vouloir être  préservé des préjudices subis par notre prochain ? Est-ce à dire que ce dernier , lui , a une prédisposition plus grande au malheur que nous, et qu'il est donc tout désigné pour jouer le rôle de  la victime expiatoire ? 

On se rappelle notre air fataliste quand telle ou telle de nos connaissances avait subi un coup du sort . On se souvient d'avoir prononcé des paroles comme : il ( elle ) n'a pas de chance ! Il ( elle ) est né(e) sous une mauvaise étoile! En disant cela , on tentait ainsi de s'immuniser contre le malheur , lui assigner une sphère d'influence éloignée de notre existence  , en en rejetant  la faute aux astres . 

L'on aurait dû plutôt y voir un signe annonciateur de notre avenir prochain , s'estimer chanceux d'avoir été épargné jusque-là , et se préparer non plus seulement au meilleur mais aussi au pire . La chute , qu'elle arrive tôt ou tard , sera inévitable . Alors pour lui ôter son caractère redoutable , autant l'anticiper pour mieux l'apprivoiser . Et remercions les autres de nous avoir enseigné , sans le vouloir , que si nous ne sommes pas des dieux, nous n'en sommes pas moins des hommes.

dimanche 13 septembre 2015


Un gros plan sur un enfant couché sur le sable , sur une plage huppée , un beau matin d'été . Non, ce n'est pas le Lido de Venise et ce n'est pas non plus Tadzio. Mais le petit garçon est tout aussi élégant . Son polo rouge, son bermuda bleu , ses mocassins de cuir brun lui donnent un air de Petit Prince au pays des embruns .

On sent qu'il a été aimé , on sait qu'il sera aimé du monde entier maintenant qu'il n'est plus de ce monde . Les vagues l'ont englouti , et avec lui tous nos espoirs de le voir grandir un jour . La mer, honteuse d'avoir perdu son bras de fer avec la mort , l'a déposé sur le rivage dans un linceul d'écume .

Il repose là, inerte , comme un nouveau-né endormi , le visage enfoui dans le sable . On ne veut pas croire qu'il ne se réveillera plus . Son petit corps bien nourri semble encore plein de vie . On devine ses rires , ses yeux émerveillés quand il a découvert la mer et l'esquif qui allait lui être fatal. On veut oublier sa peur et ses pleurs . Ses cris aussi.

Ce qui nous poursuivra tant que notre mémoire gardera trace de cette image de lui , c'est cette horizontalité dérangeante , cette confusion entre sommeil et absence de vie. Un enfant qui dort, c'est un enfant qui vit . Un enfant qui gît est un enfant sans vie.

On lui en veut , à la mort , de nous avoir trompés en copiant aussi bien la vie . On s'en veut surtout d'avoir été assez naïfs pour croire qu'un enfant allongé ne peut forcément que dormir , et ne jamais mourir.

samedi 22 août 2015

Si la curiosité est un vilain défaut , force est de constater qu'une quantité croissante d'objets de curiosité s'exhibent sur la Toile pour faire leur  numéro de cirque sous le chapiteau électromagnétique . Exit les profils de camée aux traits réguliers et les plastiques aux proportions bien calibrées ! Exit aussi les vies bien rangées et les parcours professionnels sans aspérité . Ce qui fait l'unanimité , ce sont les it-girls camées — à force d'inhaler des lignes de coke immaculée; les call-girls se rachetant une virginité — en défendant la cause des animaux martyrisés;les gangsters politisés —qui financent des galas de charité.

 Mais ce qui recueille le plus de suffrages ces derniers temps , c'est ce qu'on appelle le   "coming out " , autrement dit la révélation , par une personnalité publique , de son orientation sexuelle,  pourvu qu'elle ait été jadis réprouvée par la bonne société . Alors qu'autrefois, il était fortement déconseillé de  s'épancher sur son intimité, aujourd'hui, toute déclaration en ce sens vaut, à celui qui la fait, d'être panthéonisé. Les médias sont la nouvelle agora où l'on parle sans embarras de ses ébats .

En tête de gondole, la transsexualité qui vient de supplanter l'homosexualité, banalisée récemment par une loi. Grâce aux avancées de la chirurgie esthétique, il est désormais possible de se doter ou de se délester de ses parties génitales si l'on veut faire un pied de nez à Dame Nature. Sautez le pas publiquement, et vous serez louangé comme un héros , et non vilipendé comme un apostat! Ce qui restait l'apanage de la communauté péripatéticienne sylvestre des abords de Paris ( i.e les travailleurs du sexe Brésiliens du bois de Boulogne ) s'est soudainement propagé au milieu artistique de la variété  où , comme chacun sait ,  l'originalité est survalorisée. Le Nec plus ultra, c'est d'arborer la barbe d'un bûcheron sur le décolleté plongeant d'une robe à volants.

Autres fous du volant dans cette course endiablée, les Satanas et Diabola à la sexualité débridée. La conversion à la transsexualité demande, il faut l'avouer, des sacrifices financiers qui peuvent décontenancer les moins fortunés, tandis qu'échanger sa partenaire dans des lieux consacrés, c'est participer, à l'échelle du sexe, à l'économie collaborative tant vantée. Si l'on est politicien néanmoins, cela peut vous coûter votre carrière, d'autant que vous serez victime de " outing" un jour ou l'autre : vos mœurs légères seront étalées dans tous les médias et vous perdrez, de ce fait, partie de votre électorat .

Pour faire son " coming out" en tant que célébrité , il faut donc s'assurer que le jeu en vaille  la chandelle . Pour ceux qui digèrent mal leur déclin en popularité , cela peut s'avérer une aubaine inespérée . C'est l'occasion de s'attirer une attention imméritée et de gagner un peu de visibilité .  Mais bon, si vous appreniez de leur bouche que vos it-girls préférées fréquentent des gangsters partouzeurs qui fricotent avec des call-girls transgenres, cela vous plairait - il vraiment ?

mercredi 12 août 2015

On parle beaucoup d'intégrisme religieux de nos jours en pointant du doigt l'asservissement répugnant auquel il contraint les femmes , mais on omet de dire qu'il en existe un , tout aussi contemptible, qui se répand comme une traînée de poudre dans notre société : l'intégrisme féministe . Le mors aux dents, les adeptes de cette idéologie extrémiste crient haut et fort leur mépris de l'homme, sans penser que leurs actions d'éclat ternissent plus l'aura des femmes qu'elles ne la rehaussent...

Dans cette guerre sans merci qu'elles livrent aux bataillons de mâles alpha censés imposer leur loi , elles usent et abusent de leur arme principale : leur corps . Loin de proposer d'elles l'image d'un corps susceptible de susciter le désir , elles exposent sur la Toile , dans un geste de provocation puérile, leurs imperfections ou dégradations physiques . Que ce soit l'ablation de leur sein ( mastectomie), la dépigmentation de leur peau ( vitiligo) , leur amblyopie , leur bec de lièvre ou leur triple menton , elles n'ont de cesse d'offrir à la société connectée une vision dérangeante de leur féminité . 

Support indispensable à la diffusion de leurs revendications : le web 2.0. Grâce à l'immédiateté et la disponibilité planétaire de l'information qu'elles véhiculent , les diverses plateformes des réseaux sociaux se font vite l'écho de leurs actions , ou pire , de leurs exactions. Car non contentes de s'exhiber graphiquement dans les positions et situations les moins avantageuses, ( maculées de sang menstruel ou constellées de vergetures , pour n'en citer que deux ), les plus enragées d'entre elles s'en prennent aux institutions de notre démocratie . C'est la nouvelle révolution des sans-culottes ....au sens propre.

Oui, pour attirer l'attention des médias , elles ne font pas dans la dentelle . Pas de fanfreluche! A bas les silhouettes de portemanteau glamourisées sur les catwalk! Elles ne veulent pas séduire , elles! Leur visée est juste de punir ceux coupables de préférer le beau au monstrueux. Aussi elles leur infligent le spectacle de leur nudité en pensant les guérir de leur lubricité . C'est ce qu'on appelle de la naïveté caractérisée. Si elles avaient étudié le comportement de leurs boucs-émissaires masculins euphorisés par les sextapes de certaines fakes de la télé-réalité , elles se seraient peut-être ravisées ...

Comme par contamination , cet ultraféminisme dévastateur métastase notre culture populaire et se propage  à grande vitesse dans les arts visuels. Que ce soit dans les films, les clips , ou les publicités , le personnage féminin incarné est bien loin des stéréotypes de la femme au foyer . Entre  la superhéroine steroidée et la dominatrice en latex , le cœur des réalisateurs balance . En conséquence , il est désormais indécent de montrer de l'affection à son compagnon , au risque d'être taxée de haute trahison . Pour être une femme digne de ce nom , il faut impérativement lui damer le pion et l'utiliser uniquement en cas de besoin sexuel pressant.

Si on ne l'excuse pas , on comprend mieux que certaines femmes préfèrent se soumettre aveuglément à un mâle dominant plutôt que de jouer le rôle de la castratrice en jupons. A force d'excès , celles qui veulent tant revaloriser le statut de la femme lui causent beaucoup de tort . Que dirions-nous si les hommes partaient à leur tour en croisade et se pavanaient sur la Toile en tenue d'Adam , se glorifiant de leur calvitie et de leur ventre bedonnant ? Ils ne feraient que susciter notre compassion , et au pire , notre abjection . Restons esthètes ! Aimons le beau tout en acceptant le laid . Mais surtout aimons-nous les uns les autres!

mardi 4 août 2015


Les vacances, elles se méritent . Elles exigent de nous un sens de l'organisation pointu tout autant qu'une force mentale aiguë, surtout si l'on décide d'explorer les continents lointains. Le seul moyen de locomotion envisageable dans ce cas étant l'avion, nous ne pouvons évidemment  faire l'économie d'une préparation matérielle minutieuse  ( la sacro-sainte corvée des bagages)  mais aussi, on a tendance à l'oublier, psychologique .

Comme chacun sait, en amont de toute migration aérienne , nous incombe la lourde tâche  de rassembler nos  effets personnels, qu'ils soient utiles ou  futiles, et de les comprimer dans une valise à la taille malheureusement incompressible. Cela fait des décennies que l'on attend que le concours Lépine récompense le concepteur du bagage rétractable et à géométrie variable, mais apparemment , les inventeurs en herbe privilégient les activités de la sphère domestique aux dépens de celle des loisirs.

 Pas du tout sérieux, ces gens ingénieux .  Des nostalgiques d'Inspecteur Gadget, à moins qu'ils ne vouent un culte à l'inventif Q, sans qui James ne serait pas Bond. Car qui peut me dire l'intérêt que peut susciter un système de repassage vapeur intégré dans un miroir mural pivotant , ou un dispositif pour enlever les bas et les chaussettes sans se baisser? Gageons que nous avons affaire à des phobiques du déplacement géographique , qui préfèrent le voyage immobile devant leur établi à celui, plus risqué, par la voie des airs.

Le mot " risqué", d'ailleurs, n'est pas galvaudé. Prendre l'avion , de nos jours, n'est pas exempt de dangerosité. On n'est jamais à l'abri d'une erreur de pilotage ou pire, d'une prise d'otages qui tourne mal. Dans les deux cas , on monte  au ciel plus tôt que prévu. Risqué aussi au sens où , si l'on arrive indemne à bon (aéro)port, on peut cependant atterrir en miettes. Nerveusement parlant.

Certes, on peut dorénavant choisir son siège et se délecter à l'avance de  pouvoir contempler le paysage ,la tête dans les nuages. Mais ce plaisir esthétique peut vite être gâté par la proximité génante  d'un passager particulier.  Un bébé , par exemple , dont les vagissements pourront vous faire regretter d'avoir choisi l'Océan Indien pour destination . Une heure, passe encore . Mais dix heures ! Fort heureusement , les chances de devoir ruser et faire risette à  ce type de passager  se sont raréfiées dans nos contrées . C'est peut-être le seul cas où l'on apprécie la baisse du taux de natalité .

Mais ce serait trop beau si la liste des doléances s'arrêtait là. Pensez à la patience que vous devez déployer, et l'énergie que vous devez dépenser rien que pour gagner les WC ! Enjamber votre voisin en prenant soin de ne pas vous luxer le genou ( j'en parle en connaissance de cause ...) , éviter de télescoper des individus non identifiés  quand vous empruntez l'étroite allée, et surtout vous boucher les oreilles quand vous actionnez la chasse d'eau assourdissante une fois que vous vous êtes soulagé...

Mais ce que j'appréhende le plus et qui me fait relativiser les turbulences abominables , les flatulences abdominales, les sifflements auriculaires , et les tempéraments atrabilaires, c'est, une fois l'avion posé, la fébrilité à ouvrir les coffres à bagages manifestée par les autres participants de cette expédition . Comme s'ils craignaient d'avoir été dévalisés en cours de vol par une brigade nuisible de malfrats invisibles .

Je vous épargne l'attente interminable avant de s'extraire de l'habitacle, et celle encore plus insoutenable devant le tapis à bagages. Ne parlons pas des valises égarées ou embarquées par erreur par un passager perturbé par les péripéties rencontrées . Bref , vous l'aurez compris , mieux vaut faire le plein de sérénité avant de vous engouffrer dans la carlingue d'un long-courrier , ou tout simplement espérer qu'un jour, le rêve de téléportation devienne réalité . Mais alors, les vacances n'existeraient plus , car quitte à se téléporter, on choisirait de ne jamais plus revenir sur terre . Car, ces derniers temps , c'est devenu l'enfer, et on n'attend plus qu'une chose, c'est de finir au paradis !

dimanche 12 juillet 2015


Aux différents âges de la vie correspondent des aspirations différentes . Enfant , on attend avec impatience de conquérir sa liberté et de s'affranchir de la tutelle parentale , jugée souvent trop pesante . Adulte, on regrette d'avoir eu à payer cette liberté tant convoitée par le fardeau de responsabilités encore plus pesantes. Plus tard encore , alors qu'on est sur le point d'être déchargé du poids de la vie et que l'on se retourne sur la trajectoire parcourue, on se prend à imaginer quelle trace nous laisserons une fois que nous serons partis . 

Laisser une trace , chacun y parvient à sa manière . De façon immatérielle , d'abord. Nous abandonnons à ceux qui restent des malles de souvenirs , qu'ils soient bons ou mauvais. La mémoire se charge du travail . Des images , des parfums, des inflexions de voix. Des moments partagés . La mort a beau effacer notre présence physique , elle ne parvient pas à gommer l'empreinte singulière que nous déposons involontairement dans l'esprit de ceux qui nous côtoient de loin ou de près .

Des traces matérielles aussi . Les héritages , avec leurs lots de bric-à-brac , sont les témoignages de notre personnalité , de notre intimité , de notre passé . Ils sont la preuve tangible de notre passage sur cette terre . Une fois dispersés , ces objets qui apportaient à notre quotidien leur dose de rassurante proximité perdent leur spécificité. Ils sont comme orphelins , arrachés au tout organique que formait notre foyer , forcés de cohabiter sous des toits étrangers avec d'autres éléments de mobilier. 

Bien sûr , pour les plus doués d'entre nous , qu'ils soient génies , héros ou artistes , l'héritage sera d'une autre qualité . Leur nom sera inscrit au frontispice du temple de de la postérité . Ils traverseront les siècles auréolés de gloire . Leurs actes seront chantés par les aèdes 3.0 dans les pépinières luxuriantes des réseaux sociaux . Quant à leurs œuvres , jusque là cantonnées dans des musées , elles auront peut-être le privilège de garnir les logis des futures générations , ne serait-ce que par projection holographique . 

Parlons-en des hologrammes ! Ils ne sont pas si surréalistes que ça . Pensez aux travaux transhumanistes en cours pour uploader des cerveaux humains sur un ordinateur. D'ici 2050, aux dires de certains savants, nous pourrions bien avoir accompli un pas technologique de géant et survivre à notre mort en prenant corps  immatériellement par le biais de faisceaux laser  . 

Certes , l'idée est tentante , surtout pour les individus à l'ego surdimensionné. Mais qu'en est-il de la fonction haptique , pour parler cuistrement ? Qu'en est - il de la fonction tactile qui procure tant de bien- être à ceux que nous aimons , tout autant qu'à nous - mêmes ? L'esprit sans le corps n'est rien . Car il serait insensé  d'oublier que la plus belle trace que nous puissions laisser sur terre est celle d'un enfant que nous avons vu croître , et que nous armons ,chaque jour , de la légère cuirasse de notre amour pour affronter les vicissitudes de la vie . L'héritage le moins encombrant et le plus reconfortant que nous puissions lui léguer est le royaume de souvenirs édifié au cours du temps et dans lequel il ou elle flânera ,une fois que nous serons partis sans laisser de trace ...

jeudi 11 juin 2015

Tu ne me mérites pas ! Cette phrase claque comme un étendard au vent quand l'heure de la  séparation a sonné  , quand le canon tonne dans un ciel lézardé par les malentendus , les disputes , les trahisons peut-être . On la décoche comme une flèche empoisonnée , cette phrase . On lui prête des vertus létales . On espère qu'elle s'insinuera lentement mais sûrement dans la conscience de celui ou celle qui nous fait mordre la poussière , et  aussi redescendre brutalement sur terre .

On a bien essayé d'atteindre l'autre, qui se dérobe, par des tirs ciblés . Les reproches, c'est bien connu,  font partie de l'arsenal de tout belligérant qui refuse de céder une seule parcelle du terrain qu'il a occupé pendant un temps donné. Mais ce ne sont que des coups d'épée dans l'eau , des boomrangs qui nous blessent plus qu'ils ne blessent celui ou celle visé(é).  Car  les reproches engendrent inévitablement  les reproches. C'est le bouclier qu'utilisent les lâches quand ils se sentent cernés et qu'ils savent qu'ils n'ont plus rien à perdre . Remontent à la surface tous les non-dits , les colères enfouies , les frustrations subies tout au long de cette croisière à deux où l'on croyait éviter les pièges en haute mer et surtout gagner le paradis .

Le mal de mer nous saisit devant cette marée de vomissures que l'on nous jette à la figure . L'écœurement nous envahit .  L'effarement aussi . Fallait -il que nous connaissions si mal cet autre qui effaçait l'ardoise de nos angoisses et nous offrait chaque jour les gerbes du plus doux espoir ? C'est pourtant avec lui ,  avec elle que nous avons bâti le plus bel édifice de souvenirs , avec lui, avec elle que nous regardions l'avenir sans jamais plus  frémir , avec lui , avec elle, peut- être, que nous avons donné vie à un enfant chéri . C'est désormais sans lui, sans elle que nous devons parcourir les décennies à venir , c'est surtout contre lui, contre elle que nous devons nous dresser pour préserver notre propre estime et ne pas laisser sombrer notre instinct de survie .

Tu ne me mérites pas ! Derrière cette ultime parade verbale, se cache l'aveu de notre désespoir , de notre impuissance à contrer les caprices du destin . Car il serait plus juste de dire que l'on ne mérite jamais les coups bas de la vie , et moins encore ceux portés par celui ou celle qui l'a partagée avec nous , cette vie. Oui, personne ne mérite de souffrir ,et pourtant nous souffrons tous, à des degrés divers , que ce soit dans notre chair ou dans notre âme. Nous endurons le pire , sans l'avoir mérité, tout en aspirant au meilleur . Tel est le prix que nous devons payer pour accéder à notre sainteté , et à notre droit de vivre.

samedi 6 juin 2015


C'est bien connu, les événements sportifs internationaux sont souvent l'occasion de la cristallisation d'un sentiment patriotique sans précédent . Le reste du temps , on fait peu cas de son appartenance à telle ou telle nation . Pire encore ! Nous formulons des reproches à l'encontre de notre terre nourricière et faisons curieusement l'éloge de ceux ayant eu la chance de naître hors de nos frontières . Heureusement que les compétitions attisent le feu de notre combativité et ravivent les flammes d'un chauvinisme passablement écorné. Quelle que soit la discipline sportive concernée, nous nous sentons tous épris de solidarité  et opposons une cohésion farouche à l'ennemi juré qui ose nous défier .

 Que l'on se rappelle l'engouement que la coupe du monde de football avait suscité en 1998  . Moi-même, peu adepte en temps normal du ballon rond , avais-je été conquise par les prestations de ces divinités du gazon , dont la vélocité et l'habileté pédestre n'étaient pas sans rappeler les prouesses du dieu Hermès . Soudainement la France entière n'avait d'yeux que pour les jeux de jambe de l'équipe tricolore qui osait voler la vedette aux Brésiliens jusque-là bénis des dieux olympiens.  Sur les épaules de nos onze héros reposait l'honneur de l'Hexagone .  Et leur victoire bien méritée a redoré le blason du coq gaulois dont la renommée commençait à péricliter .

La fibre patriotique est aussi palpable  chaque année sur le court Philippe Chatrier . Avec son ambiance de kermesse , sa large panoplie de produits dérivés , et sa pléiade de playboys sponsorisés  , Roland Garros devient la destination privilégiée des obsédés de la raquette du monde entier. Quinze jours durant , ce sont des milliers de spectateurs ultralookés qui  s'acheminent en procession vers l'enceinte sacrée où va se jouer le combat de Titans aux bras  ultramusclés .

Dès que l'on prend place sur les gradins , on mesure l'étendue médiatique de l'événement  . Écrans géants, hauts parleurs , cameras sur grue et sur rail ,  la démesure est a l'honneur . Après quelques échanges gentillets,  les joueurs rentrent vite dans le vif du sujet . Les balles fusent de part et d'autre à des vitesses extrêmes. On en a le mal de mer à tourner la tête sans arrêt . Les ramasseurs de balles fébriles nous donnent le tournis . L'arbitre qui glapit " faute " nous fait presque défaillir . Quand arrive la balle de match, on frôle le malaise vagal. On prie , on frémit , on bondit de joie aussi , et puis on applaudit , quelle que soit l'issue de la partie, car on a été content d'être venu soutenir son favori, et de s'être senti vibrer avec des milliers d'autres autour de cette arène ocre aux allures de Colisée romain où le destin a encore une fois voulu jouer au plus malin.

dimanche 31 mai 2015

Le Printemps met toujours un brin de temps à prendre ses quartiers à Paris . C'est un magicien adepte de la procrastination, dirons-nous . Il lui faut deux bons mois avant de faire grimper le mercure d'un coup de baguette magique, et surtout avant de tirer le soleil paresseux de son sommeil hivernal et lui intimer l'ordre de monter la garde dans le ciel bleu de la capitale. Avril doit tirer sa révérence pour qu'enfin nous puissions remiser fourrures et lainages et arborer soieries et cotonnades .

Sitôt le mois de Mai arrivé, l'envie nous prend de déserter Paris et gagner des contrées au quotient ensoleillé plus élevé . C'est sûr qu'avec son chapelet de jours fériés et sa farandole de grands-messes surmédiatisées, Mai sonne le glas de notre sédentarité. Quand certaines d'entre nous se dévêtissent et se déchaussent pour aller fouler le sable des plages normandes , d'autres se chaussent de stilettos à se fouler la cheville et cachent tout juste leur nudité pour se hisser en haut des marches du palais des festivals de Cannes.

 Mais qu'on ne s'y trompe pas ! Ce n'est pas l'amour du 7eme art qui guide leurs pas ! Pour la majorité d'entre elles, la motivation première n'est pas de s'intéresser aux films en compétition , mais plutôt d'entrer en compétition avec les autres festivalières qui ont payé , comme elles , leur place très très cher et très loin du grand écran, d'ailleurs. Peu importe! Bon nombre de projections sont très barbantes, d'autant que les films étrangers sélectionnés ne sont pas doublés mais seulement sous-titrés. Et puis quoi encore !

Ah, Cannes ! Tout le mode en rêve ! C'est un peu le rêve américain du Français moyen . Il a  besoin de fantasmer , le pauvre. Personne n'oserait l'en blâmer . Entre le burn-out ( surmenage) et le bore-out ( sousmenage) , les soucis au sein de son ménage ( quand il en a un ) et les corvées de ménage ( ça , malheureusement , il en a toujours ), notre concitoyen éprouve le besoin de s'évader .

Or quoi de plus magique que le tapis rouge ( à défaut d'être volant ) sur lequel , le temps d'un shooting éclair (gare aux phosphènes ! ) , les grappes de stars jouent aux stars devant des hordes de badauds émerveillés ! Pour une fois que le petit écran augmente la sécrétion d'endorphines du cerveau du téléspectateur de base. Ces derniers temps surtout, ce dernier est sujet à des crises d'angoisse aiguë . Le JT, il ne veut plus en entendre parler , surtout depuis que des pilotes psychotiques s'amusent à crasher des avions.

Pour ceux qui ne seraient pas fans du tapis rouge , reste la terre battue de Roland Garros . Contrairement à Cannes, on peut y aller en métro et on ne risque pas de s'endormir devant un film pseudo-intello au tempo largissimo. En plus on est au grand air. Pas besoin de smoking ni de robe ultra glamour. Une paire de running stylées et de solaires griffées feront amplement l'affaire. Ah, j'oubliais ... On a beau être en Mai, il faut prévoir le parapluie , surtout si l'on est dans la tribune VIP ;-)

vendredi 15 mai 2015


Avez-vous  remarqué comment, dans le métro, les usagers s'adonnent avec délectation au jeu des chaises musicales? S'asseoir dans le sens de la marche fait partie de leur priorité, de leur instinct, même. Sans doute pour des raisons imputables  aux lois de la physique. La force d'inertie y est pour quelque chose, elle qui nous procure, en cas d'accélération, la délicieuse sensation de notre corps projeté en arrière.

Mais il semble que cette compulsion à suivre un mouvement donné soit ancrée dans l'esprit de certaines plus qu'il n'y paraît . Comme si elles avaient trop lu Rabelais et vouaient aux moutons de Panurge une passion exacerbée. Mû par un instinct grégaire, leur cerveau reptilien leur enjoint de suivre le troupeau, se fondre dans la masse , et  ne surtout pas faire de vagues, pour éviter tout risque de noyade. Elles laissent pour cela à d'autres le soin d'ouvrir la marche, se contentant seulement de leur emboîter le pas .

Vestimentairement parlant, elles se laissent cornaquer par les gourous de la fashionsphère, qui, à trop vouloir causer de remous médiatiques, sont trop souvent garants d'un mauvais goût hyperbolique. Faux pas assurés quand elles s'avisent de plagier ces pseudo-stars aux morphologies cubistes.  Ces derniers temps , il semblerait que la tendance soit aux phénomènes de foire. On ne compte plus les défilés des clones de la Venus Hottentote. Le red carpet est rassasié de fessiers hypertrophiés qui exposent sans sourciller leur quasi nudité. C'est sans doute parce qu'ils sont dénudés que les popotins imposants ont tant de popularité! Ils arrivent même à concurrencer les poitrines prêtes à imploser! C'est vous dire ...

Mais il n'y a pas que sur le terrain de l'apparence que s'exerce cette tendance avérée au mimétisme. Pour conquérir le marché fructueux des célibataires avant qu'elles ne deviennent des célibs à terre , les trendsetters traînent partout, dans les cuisines comme dans les lits. Ils les gavent des bienfaits des truck foods et du slow food , avec food porn à l'appui . Ils leur font miroiter le septième ciel en les convainquant de se lancer de nouveaux défis érotiques pour capturer le cœur de leurs amants. Plus besoin de baguette magique pour parvenir à leurs fins! La fibre optique accomplit des prodiges en répandant la bonne parole prêchée sur les forums électroniques .

Est-ce à dire qu'il n'y a point de salut hors de ces modes de vie formatés et adoubés par le plus grand nombre? Le sort d'un mouton serait-il plus à envier que celui d'une brebis galeuse? Au moins la brebis aura le mérite de ne pas finir dans une assiette, contrairement au mouton qui saura malheureusement à quelle sauce il sera mangé. Les moules sont faits pour être cassés ; comme les œufs , si l'on a pour dessein de déguster une omelette. Nager à contre-courant n'a jamais nui à personne. Mais pour ce faire, encore faut-il vaincre cette force d'inertie qui amollit notre libre-arbitre et recouvrer enfin nos esprits!

jeudi 30 avril 2015

La nature a horreur du vide, disait Aristote. Mais l'être humain entretient avec lui une relation des plus paradoxales. Il est certain que notre instinct premier nous incite à le repousser. Qu'il soit physique ou métaphysique, il nous terrifie, le vide. Il semble même que la hantise qu'il nous inspire soit l'un des principes qui motive notre agir et nous engage à réfléchir sur notre devenir.

Les trous,  au sens propre comme au sens figuré, on les comble. Nous sommes des bricoleurs-nés, toujours prêts à reboucher des cavités, comme si nous avions la crainte d' être aspirés. Que ce soit les dentistes qui obturent les dents cariées, les agents de la voirie qui macadamisent les chaussées,  ou les couturières qui raccommodent les chaussettes, on passe son temps à faire un sort à ce qui nuit à notre sacrosainte idée de l'uniformité. Le trou, comme la tache, ne sont pas en odeur de sainteté . Il faut à tout prix les éviter .

Dans nos conversations aussi, le vide n'a pas bonne presse . Il n'est pas de bon ton de laisser de longs blancs dans les discussions. Dans certains cas, Ils sont propices à éveiller la suspicion : on est vite taxés de dissimulation. Quant à la panne d'inspiration, fuyons-la! Elle nous fait passer pour des êtres doués de peu de réflexion, et donc impropres à la communication .

Parlons-en de la communication! Elle va bon train en ce monde, surtout qu'on parle de tout et de rien, et que l'on fait aussi beaucoup de bruit pour rien. Dès lors, le vide sonore  qu'on appelle communément silence, bien loin d'être une vertu, figure en tête de gondole des vices. Il faut absolument maîtriser son outil langagier, employer impérativement les mots branchés, ne pas jouer les abonnés absents des actualités régurgitées à volonté sur les réseaux sociaux. En un mot, il faut "avoir du swag"!

Bien-sûr , cette hyperprolixité verbale cache mal le vide abyssal dont souffre notre société . Si l'on veut combler tant de trous, reboucher tant de cavités, dissimuler tant de crevasses, c'est que l'on sent bien que face à nous, se dresse une béance incommensurable, celle qui nous sépare de la divinité. Le fossé s'est creusé de siècle en siècle . Nous avons dédaigné de l'écouter, ce Dieu qui parlait à notre cœur, et il a fini par se taire, lassé de nous voir nous éviscérer et  nous vider de notre humanité.

 Dans un monde désormais vide de sens, il ne nous reste plus qu'à contempler avec horreur le vide ultime de notre tombe qu'un jour nous emplirons de nos souvenirs, et surtout de nos regrets...


mercredi 22 avril 2015


Posséder ! Il semble que ce soit le maître-mot de nos existences  Détenir des biens et des richesses tout d'abord, mais aussi  des connaissances et des compétences , tout autant que des relations , qu'elles soient professionnelles, amicales ou amoureuses. Se définir , en somme, par ce que l'on a,  plutôt que par ce que l'on est réellement. Serait-ce spécifiquement  l'ADN propre à notre époque, comme certains le décrient? Ou ne serait-ce pas plutôt une tendance innée, un acte involontaire qui nous dépasse, une caractéristique quintessentielle de l'espèce humaine ?

Il est de mon humble avis que l'instinct de propriété fait partie de l'archéologie de notre moi. Essayez de retirer des mains le jouet d'un enfant, et vous rencontrerez une résistance qui se manifestera par des cris et des pleurs, symptômes d'une frustration intolérable. Même si la notion de partage nous est enseignée dès notre plus jeune âge, force est de constater que nous prêtons, avec un déplaisir plus ou moins grand, ce qui nous appartient. Comme si nos possessions matérielles étaient une prolongation de nous-mêmes, et que les céder, même pour une brève durée, revenait à nous amputer de l'un de nos membres.

Idem des relations humaines. La naissance d'une fratrie nous contraint à repenser avec hantise notre place au sein du cercle familial. Nous nous sentons menacés, en quelque sorte, d'une carence affective aussitôt que le nouveau-né reçoit,de la part de notre génitrice, les attentions qui nous ont jusque-là été réservées. C'est que nous avons tous en nous cet irrépressible besoin d'être préféré, de voler la vedette aux frères et sœurs dont nous craignons qu'ils usurpent notre rôle sur la scène parentale.

Le sentiment d'insécurité, aussi infondé qu'il soit, qui a pu voir le jour dans le contexte familial , ressurgit avec une intensité décuplée à l'adolescence, quand nous entrons de plain-pied dans l'arène des relations amoureuses. Non seulement doit-on livrer bataille pour conquérir le cœur d'un autre , mais encore faut-il tout mettre en œuvre pour s'en assurer l'exclusivité. Non seulement faut-il se faire aimer de l'autre, mais encore faut-il décrocher le trophée de " préféré(e) ", et surtout  le conserver .

Or quoi de plus labile que le sentiment amoureux! S'il est un des domaines dans lequel l'instabilité règne en maître, c'est bien celui du cœur. On sait quand une histoire d'amour commence, on ne sait jamais quand elle va finir. On la voudrait éternelle , on croit posséder le cœur de l'autre , on va jusqu'à faire officialiser le lien en établissant une alliance conjugale. Mais on oublie que s'il y a possession dans l'amour, elle ne  s'exerce qu'à nos dépens . Nous sommes plus possédés que nous ne possédons vraiment .

 "Aimer est un mauvais sort, comme ceux qu'il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu'à ce que l'enchantement ait cessé." Cette envoûtante citation de Proust pointe de sa baguette magique l'acception du verbe " posséder " dans ce contexte particulier . La possession est d'ordre démoniaque . Elle n'est pas neutre . Nous ne nous appartenons plus . Nous perdons la maîtrise de notre volonté. Nous capitulons devant l'irrationnel, impuissants que nous sommes , et endurons des souffrances quand le sortilège n'opère plus .

Qui donc nous en voudrait de tenter de conjurer le mauvais sort en nous tournant vers la possession de biens matériels ou immatériels ? Ne jetons pas l'anathème sur notre société de consommation et notre frénésie matérialiste . Je parierais fort qu'au Paléolithique , l'hominidé manifestait le même instinct de propriété que nous . Sa caverne n'était certes pas celle d'Ali Baba , mais elle n'en était pas moins remplie des possessions qui avaient le plus de valeur à ses yeux . Car lui aussi avait un coeur , et il saignait tout autant que le nôtre ...

mardi 14 avril 2015



L'homme est un animal doué de déraison. Où que l'on regarde, on ne peut que constater son inaptitude, sa persistance même à nier les préceptes que lui dicte la sagesse. Ses réflexions ne sont jamais mûres, et ses actions le conduisent bien souvent à la négation de son souverain bien, voire à son propre anéantissement .

L'instruction, bien souvent, en lui ouvrant de nouveaux  horizons, ne sert qu'à lui donner des aspirations délirantes et défiant toute proportion. L'exploration de l'infiniment grand comme de l'infiniment petit lui confère un sentiment de domination enivrant. Il se sent comme "maître et possesseur  de la nature ." La connaissance pour lui est une arme de destruction et non un outil de pacification. Son instinct de guerrier l'incite à coloniser plutôt qu'à cohabiter avec les espèces de ce monde. Sur terre, sur mer comme dans les airs , il ne sème que douleur et désolation .

Même la religion , dont la vocation première est de relier les hommes, est victime de manipulation. Elle divise au lieu d'unir. Tombée aux mains d'individus sans foi ni loi, assoiffés de pouvoir, elle est le fer de lance de la régression et de l'oppression. Au lieu de nous guider sur la voie du bonheur, elle dresse devant nous le spectre de la terreur, l'intolérance et le néant . La suspicion , la délation et la peur sont devenus le quotidien de bon nombre de croyants .

Même les gouvernants, à court de solutions, n'occupent le devant de la scène qu'en nous proposant  le pitoyable théâtre de leurs dissensions et le spectacle farcesque de leurs liaisons à rebondissements . Même pas de quoi alimenter les fantasmes des ménagères de plus de cinquante ans, habituées à  la silhouette testotéronée de Monsieur Propre, indétronable emblème de leur gamme favorite de produits d'entretien  ....

A quoi donc accrocher nos espérances si toutes nos croyances volent en éclat, si nous accordons notre confiance à des êtres qui seront coupables un jour de trahison ? Si nous ne voulons pas devenir des Alceste fuyant le genre humain, ou des despotes sanguinaires visant à l'asservir, il nous reste à reconquérir le lien perdu avec cette nature qui nous a tant donné et que nous avons tant malmenée. Elle seule détient le pouvoir de notre guérison et saura cautériser les plaies que nous nous infligeons , tant nous nous laissons abuser par les mirages de notre déraison .



mardi 31 mars 2015

Les commémorations , on aime bien ça, dans nos sociétés occidentales . On nous ordonne de nous souvenir . Surtout de choses qu'on n'a jamais vécues . De la barbarie humaine aussi bien que de la transcendance divine . Au nom du sacro-saint devoir de Mémoire. A ces célébrations historiques ou religieuses se greffent un chapelet d'autres fêtes , à visée principalement commerciale , comme la Saint Valentin, où on nous impose d'assigner une valeur marchande à ce qui n'en a pas : l'amour. Comme si ça ne suffisait pas , on a décidé d'attribuer une fonction aux jours de l'année restants . Alors des instances supérieures ont planché sur la question , et le résultat mérite qu'on lui prête toute notre attention.

Pour une grande majorité , les journées mondiales sont dédiées à des populations dont le trait commun  est leur vulnérabilité . Parmi les mieux représentés , les sujets souffrant d'une pathologie ou d'un handicap invalidant: Sida , cancer , lèpre , tuberculose , pneumonie , Parkinson ,  paludisme , hémophilie,  pour les affections les plus graves ; surdité ou bégaiement , pour les handicaps . Ce sont les journées " contre " .

Il existe aussi les journées " sans " : sans voitures , sans achats , sans téléphone portable , sans tabac . Ce sont les journées anti-société de consommation , en quelque sorte , ou anti-addiction . Ce  qui n'est pas si mal, après tout . On se soucie de notre santé  et de notre équilibre. Et au passage, on en profite pour rendre hommage à  Dame Nature dans toute sa diversité.

Car, notons-le,  il y a beaucoup de journées mondiales  écolo, dans le calendrier grégorien . Il n'y a qu'à recenser celles où il est question de l'eau . Qu'il se décline en rivières , mers ou océans , l'élément liquide est maintes fois célébré dans l'année . La faune tient aussi une place de choix . Oiseaux migrateurs , chats , lions , éléphants même . De quoi réveiller nos envies d'exotisme .

Moins exotiques sont les journées consacrées aux femmes. Celles qui sont encensées , ce sont les femmes rurales , les infirmières , les secrétaires , les sages-femmes et les ... ménopausées ... Aucun risque de nous faire atteindre l'orgasme , lui qui , pourtant , est à l'honneur le 21 décembre . A quatre jours près , on était en plein blasphème ...Citons parmi les journées mondiales les plus insolites , celles du tricot, de la plomberie, des jeux vidéo et des toilettes... Il faut dire que sans les latrines, la vie serait un enfer .

Mais il faut garder le meilleur pour la fin . Il existe , fort heureusement , des journées placées sous le signe de la positivité . La maladie, la discrimination, la cruauté , on n'a qu'une envie , c'est de les oublier au plus vite . Il faut arrêter de nous faire culpabiliser .  Mes journées favorites , et les vôtres , sans nul doute , ce sont celles du sourire et du rire, de la gentillesse et de l'amitié , des câlins et du bonheur . Parlons-en du bonheur . Il n'est pas assez représenté , le bonheur. A lui seul,  il mériterait qu'on lui dédie les 365 jours de l'année!

jeudi 26 mars 2015

Dans cet univers  de l'hyperconnexion où l'on peut joindre n'importe quand, n'importe où, n'importe qui , force est de constater que nous vivons retranchés dans le bastion de notre indifférence au monde qui nous entoure , comme si le trop-plein d'informations et d'interactions digitales saturait notre besoin  d'immersion dans le bouillonnement incessant du réel .Pris au jeu, nous assumons notre condition de pion sur l'échiquier du désir  fluctuant, prompts à nouer et dénouer des amitiés virtuelles  , érigeant autour de nous un cordon de sécurité quand le cordon ombilical de nos relations sur la Toile se fait trop étouffant .

Nombreux sont ceux qui jettent l'anathème sur ce mode de consommation sauvage , arguant du fait qu'il fait fi de la sensibilité et susceptibilité des différents actants . Mais ils oublient, en passant , que hors de son contexte professionnel , le web n'est qu'un terrain de jeux , une partie de cache-cache aux bornes temporelles infinies puisque les écrans sont aussi résistants que des masques de fer tant que les participants ne décident pas de faire le grand saut dans l'ici et maintenant de la rencontre physique. On se farde de l'identité qu'on veut , à commencer par un pseudo, et, par un effet de miroirs vertigineux, se met en place une mise en abîme de faux semblants qui alimente le fantasme et trompe l'ennui.

Car , il faut bien le dire, on s'ennuie à en mourir dans nos sociétés à géométrie invariable, dans nos foyers centrés sur la sacro-sainte famille et le bien-être bon marché procuré par les émissions de télé-réalité et les voyages bon marché. Alors il faut bien s'évader. A moindre frais. Cela n'engage à rien. On parle à des inconnu(e)s. On se découvre des passions inavouables communes qui épicent notre imaginaire sclérosé par une vie de couple qui s'est émoussée. On se dit qu'on est moins seuls sur terre , qu'il est encore temps de refaire sa vie car, manifestement , on s'est trompés de partenaire.

Les plus naïfs d'entre nous sont prêts à tout sacrifier pour un shoot d'euphorie qui les fera décoller du ciment de leur quotidien. Sauf qu'ils oublient que , derrière l'écran, se tiennent des escrocs de l'apparence , des simulateurs/simulatrices n'ayant rien à perdre , des paumé(e)s dont la seule visée est de faire perdre l'équilibre à ceux qui se sont laissés berner par leur promesses fallacieuses. Car ce sont des joueurs tout-terrain, des aventuriers intrépides , et la Toile leur offre un nouveau défi qu'ils ont bien l'intention de gagner.

Alors pourquoi leur jeter la pierre, à ces imposteurs ? Reproche-t-on aux joueurs de poker de bluffer ? Plutôt que de les stigmatiser, jugeons avec plus de sévérité les pères/mères, époux et épouses démissionnaires, qui ont fui leurs responsabilités et ont cru, à tort, à une meilleure destinée en accordant leur confiance à des êtres dénués de réalité. Ils n'ont pas mérité ce qu'ils ont lâchement abandonné et paieront, un jour ou l'autre, le prix de  leur excès de crédulité.

dimanche 15 mars 2015



L'adage" Pour vivre heureux, vivons cachés " aurait bien du mal à se vérifier de nos jours. Car quand bien même nous  parviendrions à nous soustraire à la vue de notre prochain , il faudrait aussi nous dépouiller de nos vademecums électroniques, qui, bien qu'ils soient essentiels à notre survie psychique, n'en sont pas moins des mouchards de haut vol, nous soumettant à une géolocalisation sans concession .

En nous promettant de nous faciliter la vie grâce à une orientation géographique personnalisée, les applications pour smartphones font de nous des otages du service de renseignement digital. Le moindre de nos mouvements est traqué et tracé sur des fichiers numériques à des fins multiples: commerciales pour la majorité d'entre elles, sécuritaires pour une minorité . Mais pas seulement. Le domaine des sentiments est également circonscrit à un périmètre que l'on définit soi-même sur les sites de rencontre. On se fixe comme objectif de rencontrer l'âme sœur dans un rayon kilométrique donné, en  oubliant, au passage, que l'amour véritable ne connaît pas de frontières. 

Ainsi, avec le virtuel,  le réel devient tellement transparent qu'il en perd l'une de ses qualités essentielles : le mystère. Nous voilà désormais privés de notre capacité à nous étonner et à nous émerveiller. Le plaisir d'une trouvaille architecturale insolite au détour d'une rue nous est ôté . Tout est répertorié dans un atlas numérique planétaire qui ne laisse rien au hasard. Le mot découverte, dès lors, n'a plus de  sens. Nous faisons partie de la génération des terriens blasés car trop assistés , des moribonds de la surinformation  qui se bercent de la douce illusion qu'ils vivent dans le meilleur des mondes . 

Ironie suprême...Ce qu'ils reçoivent d'un côté , on le leur retire de l'autre.  Car pour jouer la carte de la sécurité, ce monde emprunte à la dystopie orwellienne son intrusivité totalitaire. Vous voulez vivre heureux ? Alors il ne faut plus vivre caché! Avec ses armadas de caméras de télésurveillance et bientôt de drones , tout notre espace vital se voit  quadrillé , disséqué, violé par des yeux invisibles coupables d'un voyeurisme à outrance, et ce , au nom du bien de la communauté . 

Alors quoi de plus naturel que de se livrer à de l'exhibitionnisme gratuit sur les réseaux sociaux! Pourquoi tancer notre propension à tout dévoiler de notre intimité alors qu' intimité , il n'y en a plus ! De toute façon , le cloud se charge un jour ou l'autre de nous trahir. Alors , un peu plus ou un peu moins . Le numérique a eu au moins le mérite de démystifier l'idée erronée selon laquelle le bonheur , pour durer , doit être tenu secret . Superstition, quand tu nous tiens! Le bonheur n'a peur de rien . Il est libre d'aller et de venir au gré de ses envies . Et ce n'est pas les ondes électroniques , bonnes ou mauvaises , qui influeront sur sa destinée. 

jeudi 5 mars 2015

Une dame, de taille modeste, à la tête chenue, arpente la rue du Faubourg Montmartre en direction des Grands Boulevards. Elle se déplace lentement, appuyant chacune de ses mains sur une canne en bois sombre. Elle me dépasse , et la simple idée de l'avoir perdue à jamais me devient intolérable. Je me retourne, avide de déchiffrer le mystère de cette apparition émouvante.

Des bas gris tentent de dissimuler deux chevilles à la déformation douloureuse. Pourtant , ce n'est pas la souffrance qui émane de cette singulière passante , mais une force tranquille. Elle tire de la raison même de sa différence une vigueur et une patience surprenantes. Elle progresse à pas lents, personnage anachronique égaré au mileu de cette foule électrisée. Ses cannes martèlent le pavé à cadence régulière.

Elle est sûre d'elle. Elle sait où elle va. Qu'importe si la vie lui a ôté à jamais la sensation vertigineuse qu'éprouve le corps quand il s'élance dans l'espace. Dans un tiroir de sa mémoire, elle garde précieusement le souvenir de l'envol délicieux que lui permettaient ses jambes d'enfant dans sa province natale.

Sur le trottoir parisien où se côtoient sans jamais se rencontrer les destinées les plus diverses , elle va son chemin, imperturbable, et ses chevilles torturées me font soudain penser aux souches de ces arbres centenaires qui nous offrent, en pleine forêt, leur hospitalité quand nos pieds ne peuvent plus nous porter.

27 Mars 2000

lundi 2 mars 2015

Quel homme n'a pas rêvé de s'élever dans les airs et de survoler les mers pour contempler la terre ! Il faut dire que  nous nous  sentons cruellement à l'étroit dans nos prisons. Où que l'on aille , on ne se heurte qu'à des cloisons , des interdictions qui font le lit de nos frustrations . Que ce soit notre habitation ou le lieu où nous exerçons notre profession , tout allume en nous notre désir d'évasion et enfante des fantasmes  d'assomption , qu'elle soit spatiale ou cérébrale .

Déjà Icare avait ouvert la voie . En s'échappant du labyrinthe , il nous montrait que l'inventivité pouvait venir à bout de tous les obstacles , qu'il suffisait d'être ingénieux pour se sortir des situations les plus inextricables . L'avènement de l'aviation , en mettant à notre disposition des machines volantes capables de traverser les nuées et voir que le soleil brille toujours là-haut , nous a ensuite permis de chausser des bottes de sept lieues pour rapprocher les  continents jusque-là si lointains. La conquête spatiale, comme une boite de Pandore,  nous a enfin bouleversés par l'infini des possibles qu'elle nous a fait entrevoir.
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Mais la technologie n'est pas la seule à pouvoir combler nos attentes en matière de voyages . Notre imagination remplit une fonction tout aussi gratifiante. L'on peut voyager dans sa tête sans pour autant mouvoir son corps . L'activité onirique , qui plonge ses racines dans le puits sans fond de l'inconscient , nous donne les ailes d'Icare et nous permet de réaliser ce que le monde physique nous empêche d'accomplir . Pas besoin de la poudre magique de la fée Clochette pour décoller de terre . L'alliage raffiné de notre esprit et de notre âme est d'une pureté bien plus subtile  pour concrétiser ce prodige .

A cette aspiration vers les hauteurs répond une autre , tournée vers les profondeurs . Les entrailles de la terre , tout autant que les abysses sous-marins, n'ont de cesse de fasciner les dérisoires terriens que nous sommes.  Il nous faut explorer l'inexplorable, les lieux où toute vie humaine n'est pas envisageable . Sans doute pour nous faire oublier un temps les oripeaux de cette existence qui nous colle à la peau comme la tunique de Déjanire.

Mais toutes ces plongées dans l'inconnu , on a beau leur donner le nom rassurant de science . Qu'il s'agisse de spéléologie ou d'océanographie , elles ne peuvent déguiser cette  obsession qui nous tenaille  d'aller chercher , comme Alice , monts et merveilles dans le labyrinthe souterrain de notre âme.

dimanche 8 février 2015


Il est étonnant de constater le degré de popularité élevé que détiennent les chats sur le web. Leur visibilité sur les réseaux sociaux n'est plus à prouver . Une ailurophilie aiguë sévit ! Photos truquées,  gifs et "mèmes"hilarants inondent nos écrans. Rien de mieux, pour réveiller nos zygomatiques ankylosés par la morosité ambiante, que de voir apparaître la bouille patibulaire des Grumpy Cats,  sur lesquels nous projetons évidemment notre anthropomorphisme galopant . Des félins qui tirent la tronche , c'est quand même plus tordant que des humains à l'air chagrin . Après l'ère du Girl Power, voici celle du Cat Power !

Il faut dire qu'il n'y avait qu'un entrechat à faire entre Catwoman, farouche jusqu'au bout des griffes, et les Lolcats à la mine drolatique et aux mimines inoffensives. C'est qu'ils sont vraiment risibles à vouloir nous mimer. Du matou glouton au chaton patachon , les minets sont toujours pris en flagrant délit d'oisiveté prononcée. A travers eux, nous donnons corps à nos désirs les plus profonds, ceux-là mêmes pour lesquels nous culpabilisons quand nous les assouvissons. Car gourmandise et paresse tombent vite sous le coup de la répression dans notre société , tant cette dernière est régie par les impératifs de la minceur et de la performance. C'est pour cela qu'on les tient en respect, et qu'ils jouissent d'une impunité sacrée, ces sybarites sur quatre pattes. Car, après tout, au nombre des plaisirs de la vie, n'y a-t-il pas ceux qu'une table bien dressée procure et celui que dispense un repos bien mérité ?

  Ils étaient pourtant loin de jouir d'un tel prestige, ceux qui  apparaissaient dans les dessins animés  de notre enfance. Qu'on se souvienne des déboires de Grosminet face à Titi , ou de Tom face à Jerry . Ils n'étaient pas du tout dégourdis, les deux mistigris. Ils finissaient toujours par se faire berner par le canari zozotant et la souris au super QI. Pour redorer leur blason, Disney en a fait des chats de salon . Les Aristochats nous ont conquis par leur haute distinction, leur éducation accomplie et leurs dons artistiques . Puis Garfield a mis les pattes dans le plat en revendiquant haut et fort son goût immodéré pour les lasagnes, son aptitude inégalée pour la fainéantise, et son sadisme envers la gent canine. Le chat orange et son humour décalé arrivait à point nommé pour venger ses congénères trop souvent affligés, par des dessinateurs à la phobie féline avérée,  d'un crétinisme avancé .

Jusqu'à ce que le kitsch kawai ne s'en mêle et ne crée la chatte Hello Kitty, raz-de-marée commercial nippon qui, si elle n'a pas de bouche, saura néanmoins faire parler d'elle sur les cinq continents . Comme quoi la niaiserie n'a pas de frontières ...Que nous réservent les années à venir ? Des chats blancs ou des chats noirs ? Plutôt des chats gris , car nous sommes bien plongés dans la nuit . Vu l'actualité, on songerait plutôt à des Trashcats, des Bimbocats, des Kamikazecats aussi. Entre le sexe et la guerre , le lien n'a jamais été aussi étroit . Le chat a bien neuf vies . Il ressuscitera . Mais pas nous ...