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mardi 29 avril 2014


   On n'arrête pas le progrès . Surtout quand il se mêle des affaires de coeur ...

    Avant, Cupidon n'avait, pour accomplir sa mission, qu'à tirer une flèche de son carquois  et transpercer le cœur de ses proies . S'ensuivaient  des associations malencontreuses débouchant sur des unions malheureuses et des séparations douloureuses . Car bien qu'ayant plusieurs cordes à son arc , il arrivait bien souvent au piètre archer de manquer sa cible , ayant, comme chacun sait ,  les yeux éternellement bandés.

    Puis ce fut le grand Big Bang ( informatique) et le patient tissage d'une Toile dans l'espace intersidéral ( du  digital ) . Hors de question  , pour le  fils de Vénus, de battre de l'aile et de s'avouer vaincu . Il enfourcha Pégase et partit à l'assaut du virtuel , qu'il conquit sans coup férir . Il se lia d'amitié avec une souris qui lui permit, en quelques clics , d'étendre son empire sur la vaste sphère cybernétique.

    Plus besoin , désormais , pour Cupidon, de décocher de flèches afin d' unir , pour le meilleur ou pour le pire, les destins de deux humains . Il ne lui suffit que de munir leurs mains fébriles d'une tablette tactile,  et de les laisser surfer sur le flot des  ondes électromagnétiques  . Le courant passe indubitablement . Par le biais d'un écran , on raconte sa vie , on l'enjolive même,  en  omettant de mentionner, il va sans dire, les détails les moins croustillants .

    C'est qu'il faut donner envie, et ouvrir l'appétit du futur prétendant. Alors , dans la communauté des e-lovers , on prend soin de soigner son profil . Qui sait ! un coup de foudre est si vite arrivé! Mieux vaut donc se présenter sous son  jour le meilleur . Les selfies sont, sans conteste,  la meilleure devise pour vendre ses appâts dans cette foire aux illusions  . Ils sont de nature à séduire tout public, avec leur  je-ne -sais-quoi de faussement authentique.

    Mieux encore ! Le Dieu de l'Amour a  pourvu ses cyber conquérants d'un système d'espionnage  à faire pâlir James Bond. Le radar de rencontre géolocalisée! À quoi bon chercher l'âme sœur à des milliers de kilomètres à la ronde,  quand un soupirant transi attend , peut-être,  à quelques encablures de chez vous, que vous le mettiez en transe !

   Espérons que, sous peu , Cupidon fera la paix avec Poséidon et se lancera dans l'élaboration d' un sonar de rencontre aqualocalisée ! Sur terre , on s'ennuie tellement . Quitte à avoir des illusions , autant les avoir à vingt mille lieues sous l'océan . Eprouver l'ivresse des grands fonds et  nager en plein délire avec son amant, n'est-ce pas ce qu'il y a de plus grisant?

mercredi 23 avril 2014


   En avril , ne te découvre pas d'un fil ; en mai , fais ce qu' il te plait ! Certes, le dicton a du vrai . Mais il ne remporte pas l'adhésion de tous nos congénères .

   Pour certaines habitantes  du globe ,  avril dure douze mois par an . Que le mercure fasse des bonds de carpe, et que leur corps sudant réclame, à cor et à cri,  un dénudement partiel, elles n'en ont cure . Au nom d'un dieu sans doute frileux , et surtout d'un époux trop jaloux , elles répugnent à exposer la moindre parcelle de leur anatomie aux rayons de Phébus et aux flots de Neptune .

   Ne les en blâmons pas ! Après tout , ce ne sont que  les épigones des ascètes d'antan . Cela étant, leur cilice manque de discrétion. C'est même vanité que de vouloir étaler un tel accoutrement ! Elles pèchent donc par excès , là où la religion prescrit modération .

    De l'autre côté du globe , ce n'est pas la religion qui dicte un tel comportement , mais un snobisme éminemment désopilant . Dans l'Empire du Milieu, le facekini  séduit les estivants, tout sexe confondu. Il s'agit de protéger son visage des stigmates du Dieu Râ , que l'on juge trop libéral dans la distribution de ses bienfaits . Le bronzage doit rester l'apanage des paysans des champs . Un citadin se doit d'arborer une peau aussi blanche qu'un tofu flottant .

    Il est fort à parier que les plages de la province du Shandong intéresseraient le peintre Eugène Boudin , s'il était encore de ce monde . Il déserterait , tambour battant, les côtes normandes ; emballerait palettes et  pinceaux , et embarquerait illico sur le premier paquebot  . Les bals masqués sur le sable fin , ça mérite d'être immortalisé . D'autant que l'on y croise des super héros. Que voulez-vous! Las de faire  leur cirque en Amérique,  ils préfèrent faire les pitres en Asie. Le batmanning balnéaire, c'est quand même planant   !

    Dans l'Hexagone, ce n'est ni le fanatisme ni le snobisme qui est en vogue sur nos belles plages . C'est l'exotisme et sa compagne si pleine de charme : l'érotisme ! Exit le burkini et le facekini ! La mode  est au  mono-, au bi- , ou au trikini. Les préfixes gréco-latins , on les aime bien , nous , les Gaulois . Surtout quand ils désignent nos costumes de bain  . Ils ont l'avantage d'alimenter les fantasmes masculins.

    Des trois préfixes cités,  il faut bien l'avouer , celui qui remporte tous les suffrages , c'est indéniablement  le premier. Il y en a même qui préféreraient  le zérokini! Au moins , lui , il est indémodable . Le problème , c'est qu'il risque de causer une révolution si l'on entérine son adoption . Imaginez la réaction des champions du burkini et du facekini ! Ils en perdraient la face .

    Remarquez, on ne la voit pas , leur face , tellement ils la cachent . Comme quoi , une  révolution , ça aurait du bon ! Ça ferait  tomber les masques des donneurs de leçon , et ça en dirait long sur l'état de notre  civilisation . Quand le zérokini sera intronisé en grande pompe sur toutes les plages du monde , on pourra tirer comme conclusion que la nôtre sera inévitablement arrivée à péremption ...

dimanche 13 avril 2014

EN HOMMAGE À MONSIEUR CHRISTIAN DAVID (1929-2013)

Place de la Trinité, l’église Second Empire où Messiaen, nouvel Orphée , tint les orgues et s’entretint avec les anges, s’étire vers le ciel. Devant moi, la rue Blanche se déroule comme une page où j’inscris mes espoirs . 

Je jette un bouquet de tendresse à l’angle de la rue Moncey, puis vire à tribord. La rue La Bruyère s’éveille en douceur, tandis que sa cadette, la rue Henner, rêve encore de grandeur. 

Arrêt obligé à la boulangerie de la rue Chaptal, où je satisfais ma gourmandise d’une tarte au sucre aux joues dorées. Puis c’est l’ascension de la rue Fontaine, lieu de plaisirs où les noctambules aiment se perdre jusqu’au confins de l’aube.

 Sur mon passage, un magasin d’antiquités exhibe cuirasses et décorations de guerre d’un siècle éteint, tandis qu’une boutique d’accessoires ressuscite le cirque et ses clowns chamarrés. 

Mon périple prend fin avant l’intersection avec la rue Mansart. Là, au fond d’une petite cour, à l’ombre d’un ailante centenaire, dans son atelier de peintre tapissé de livres, un Sage m’attend.

Certains mercredis , quand mon âme claudique, je gravis allègrement le bas Montmartre pour me recueillir dans ce havre de paix. Dans cet atelier où Degas esquissa des danseuses, un poète–peintre au regard azuré redessine pour moi les contours de ma vie.

 Recroquevillée dans un fauteuil de velours, je l’écoute, et sa voix lumineuse me conduit sur les sentiers de l’espoir. Il tisse patiemment la toile de mon avenir , dénouant les nœuds de mon passé obscur. 

Et l’angoisse qui m’étreint comme une amante trop vorace consent à se détourner de moi. Mon esprit se pare des lauriers de la gloire, et je virevolte sur scène sous les applaudissements d’une foule .

 Mais bientôt, la salle se vide . Et j’adresse mes saluts à un parterre vide. 

Mais qu’importe ! Tel Prospero sur son île , vous sûtes recréer le calme après l’orage. Et cet instant de gloire, aussi bref fût –il, vous lui avez donné la plénitude du BONHEUR..

Paris, 21 Juin 2006


Avoir un toit sur la tête , quand on y réfléchit bien,  n'est pas une priorité pour tout le monde . Derrière des motifs purement économiques , se cachent des motivations hautement philosophiques . Certains humains préfèrent vivre à la belle étoile plutôt que de se retrouver piégés entre quatre murs . Ils sont rares, certes, mais pas inexistants. Dans l'antiquité, le sage Diogène , pour braver les conventions sociales, n'avait-il pas élu domicile dans une jarre ? Opter pour des conditions de vie dénuées de confort , cela n'est pas courant et demande réflexion .

 Or, la réflexion, c'est ce dont nous manquons cruellement en ce monde . Et pour cause . Nous ne nous accordons aucune pause pour nous y adonner . Au lieu de consacrer du temps au temps , nous ne cessons de l'accabler d'imprécations sous prétexte qu'il nous échappe irrémédiablement . C'est sûr, nos professions nous accaparent tellement qu'elles ne nous laissent plus le loisir de penser. Et le peu de temps libre qui nous reste  est happé par l'hydre de la surinformation numérique . Nous devenons des Gargantuas de l'actualité tous azimuts , incapables de digérer autant de matière brute , faisant nôtre la pensée des autres sans penser qu'elle extermine la nôtre .

Comment , après cela , décider du type d'habitat qui nous conviendrait le mieux ? Peut-être , après tout , souhaiterions-nous construire une cabane en pin comme le divin Thoreau , et nous y retirer non loin d'un étang , loin du bruit et de la fureur urbaine ? Peut-être préfèrerions- nous couler des jours heureux dans une yourte mongole ou  un tipi amérindien ? Le problème , c'est que tipi ou yourte , il faut les planter quelque part , et certainement pas sur du béton . Donc à moins de migrer vers  les grandes plaines d'Asie ou celles d'Amérique , il nous reste peu de chance de mener à bien notre entreprise.

Grâce au ciel, des architectes  se  sont penchés  sur la question . Ils ont compris qu'en chacun de nous sommeille un Peter Pan. Ils ont compris qu'enfoui dans notre inconscient se loge notre désir d'une cabane de Robinson  . Celle dans laquelle on trouvait refuge dans notre enfance , au fin fond du jardin d'une maison de campagne . Alors plutôt que de miser sur la pierre et la brique , ils ont  opté pour le bois . Pour faire plus sérieux et faire semblant de préserver l'environnement  , ils ont appelé ça eco- construction. Et ça a marché ! Des lotissements entiers de maisons en bois sont sortis de terre . Mieux encore , des cabanes ont poussé dans les arbres , pour accueillir des touristes nouvelle tendance : les glampeurs , adeptes du glamping ou  camping glamour ...

La brique, le bois , mais que reste-t-il donc ? Vous ne voyez vraiment pas ? Cherchez encore . Les trois petits cochons , ça ne vous dit rien ? La paille , bien-sûr! C'est encore plus écologique et encore plus économique . Et puis au moins , si on s'en lasse , on aura qu'à appeler le Grand Méchant Loup . Il soufflera et soufflera, et la maison s'envolera.

 En somme , le  toit qu'on a  sur la tête est  bien plus révélateur qu'il n'y paraît . Tout adulte que nous sommes , le choix de notre habitat en dit long sur l'enfant que nous avons été . Que l'on décide de vivre dans une yourte , un tipi, une cabane  , une roulotte ou un igloo, inutile de nous faire croire que nous avons grandi . Après tout , ne partons-nous pas , chaque nuit, à destination du pays des songes?



mercredi 9 avril 2014



L'éclosion du printemps génère toujours une grande effervescence dans la vie de tout un chacun . C'est l'antichambre de l'été , saison par excellence du farniente  et de la Dolce Vita. Il fait bon s 'y attarder et s'y apprêter afin de briller de mille feux sur les plages de l'Ile de Beauté . Après de longs mois de déambulation forcée dans les couloirs interminables de l'hiver , quel ravissement de pouvoir arpenter à nouveau les allées bordées de rosiers bourgeonnant et bourdonnant , et de s'imprégner de l'air embaumé qui s'en dégage . C'est à un festin des sens que le printemps nous convie . La vue , l'ouïe , l'odorat  , jusque-là soumis à un régime sévère , font soudainement bombance , entraînant dans leur sillage le goûter et le toucher .

 Cette  moisson de sensations , notre corps n'est pas le seul à en bénéficier . Notre esprit aussi en savoure les bienfaits  . Comme si les noces de la chaleur et de la lumière ouvraient , devant  lui , le champ autrefois clos des possibilités. L'œil de l'espoir se remet à luire , et, avec lui, un appétit de vivre et de conquérir . Les nappes de doutes qui s'étendaient sur le paysage de notre vie s'estompent . L'horizon se dégage , les nuages quittent leur pelage gris . Le ciel , s'il verse quelquefois des larmes , ne le fait que sur le coup de l'émotion . On se sent brusquement à l'unisson avec le monde .

Le printemps , c'est aussi le temps des bonnes résolutions . Celles qu'on a oublié de mettre à exécution le lendemain du jour de l'an. On se regarde le nombril et l'on comprend qu'il est grand temps de mettre un frein aux bonbons . Un coup d'œil dans le miroir et l'on pressent que la nicotine aura bientôt raison de notre carnation. On fait alors le plein de motivation, et en route pour la  détoxination , la musculation , et la  désintoxication ! Tous les moyens sont bons pour refocaliser son attention sur son apparence , maintenant que le nombre croissant de photons ne laisse plus de place à la dissimulation . Le corps de rêve , on y croit dur comme fer , et à tout âge . Illusion suprême ....

L'homme de ses rêves aussi , d'ailleurs . Les remises en question refont leur incursion.  On commence à regarder d'un œil torve son compagnon . C'est qu'il a pris du bidon ! À vivre une vie de Patachon , le voilà affublé d'un  triple menton !  Une changement d'alimentation s'impose ! Adieu veaux , vaches, cochons ! Il faut suivre le conseil du paon d'un célèbre conte :  un pépin de pomme reinette et une gorgée d'eau claire ! Ni plus ni moins ! Et si cela ne suffit pas , reste le supplice de l'inanition . L'union fait la force , dit- on! Force est de constater que le manque d'efforts mène à la désunion .

Oui, le printemps sert aussi à ça ! Faire le grand nettoyage des diktats imposés  par une société rétrograde , où le mâle croit toujours détenir un rôle dominant . Nous autres , les femmes , avons suffisamment combattu pour obtenir  notre émancipation ! Pourquoi serions-nous donc contraintes d'obéir aux injonctions d'une minorité de fanfarons ? Les poignées d'amour ne sont pas l'apanage de notre seul sexe . Si on ne veut pas qu'elles deviennent des tue-l'amour , les hommes savent ce qu'il leur reste à faire ...

samedi 5 avril 2014


Addiction! Il n'est pas de son plus doux à mon oreille que ce mot de trois syllabes . C'est que je pratique cette religion avec dévotion . Si d'aucuns s'attachent à la combattre comme un poison , moi j'y cède avec délectation et n'ai que faire des sermons qu'on pourra me faire sur la question. Oui, je l'avoue, je voue une véritable passion à la compulsion.

Rassurez- vous ! Mes addictions , si elles atteignent des proportions défiant l'imagination, ne sont pas de celles qui tombent sous le coup de la réprobation. Oseriez-vous me blâmer d'aimer quelqu'un à la déraison ? Si vous le faisiez, je ne pourrais que vous témoigner ma commisération. Car vivre sans passion , c'est bien là le propre des moutons.

L'addiction n'a de plus grand ennemi que la modération et ne connaît pas le sens du mot saturation. Un addict digne de ce nom est en rébellion constante contre la restriction. Son champ d'expérimentation est en perpétuelle expansion , allant du bonbon à la boisson, de la natation au marathon, de la fornication à la masturbation mentale. Inutile de poursuivre l'énumération. L'addiction est irréductible à toute classification. Et le compagnon de l'addict pourra , certes , corroborer mon assertion.

S'il y a quelqu'un  à plaindre dans tout ça , c'est bien lui. Pourquoi donc fallait-il qu'il serve de chair à canon au facétieux Cupidon  ? Il se demande vraiment pourquoi l'addict l'a élu pour assouvir ses pulsions . Ce n 'est plus de la passion, c'est de la phagocytation! L'addict qui a développé une fixation sur lui n'est jamais à court d'inspiration.

Surtout depuis les mutations dans les  technologies de l'information. Le telephon' ne son' plus chez Gaston.  L'addict a un goût prononcé pour les innovations . Elle tweete, textote, sextote, et surtout radote. Elle veut être sûre de parvenir à une optimisation de la communication . Si , par malheur , le compagnon ne répond pas fissa, la dépression succède à l'exaltation , et l'addiction , telle une bombe à fragmentation , atteint son plus haut niveau de propagation .  Bonbons , boissons, natation, marathon, fornication, masturbation mentale, c'est l'explosion !

Que l'on ne s'étonne pas si le compagnon finit, un jour ou l'autre, par jeter l'éponge . Trêve de bonnes actions ! Il a beau être animé de bonnes intentions , il tient à préserver intacte sa raison . Tant pis pour lui ! Il ne mérite même pas la compassion. L'addict, elle , n'a que faire d'un canasson . Il lui faut un étalon. Alors elle fait appel à son imagination. Et la voilà repartie pour de nouvelles explorations , l'œil vif , le cœur vaillant ! Quelle faculté de récupération !

En somme, l'addiction, ça a du bon.  C'est le meilleur remède contre la stagnation , et , surtout, ça permet de faire le tri parmi vos compagnons. Alors honte aux impies qui osent brandir le spectre  d'une désintoxication ! il ne  méritent aucunement votre considération...

mercredi 2 avril 2014



Que ne ferait-on pas pour connaître l'avenir ! L'ignorance du lendemain nous effraye tellement , que nous sommes disposés , parfois , à confier nos interrogations les plus intimes à des inconnues que nous investissons d'un pouvoir égal à celui du divin.

Certes la voyante , de nos jours , n'est plus la bohémienne au fichu qui arpente les rues en quête de quelques misérables écus . Elle a pignon sur rue et officie dans un cadre cossu . En se sédentarisant, elle  a troqué sa roulotte bringuebalante pour un appartement élégant . On doit faire antichambre avant de fouler le parquet  de son salon. C'est que les grands de ce monde s'y pressent . Du politicien au capitaine d'industrie, tous accourent pour lui demander audience.

 La boule  de cristal , si elle subsiste, n'est plus qu'un objet ornemental.  Plus besoin aussi de tendre la paume de la main avec son entrelacs de lignes de vie ,  de cœur , et de destin . La chiromancie ne fait plus recette . On préfère s'inspirer de la révolution  des planètes . Quoi de plus enivrant que de se sentir exister au sein de l'univers , sous l'influence de Venus ou de Jupiter , comme Ulysse bravant vents et tempêtes avant de regagner enfin  la paisible Ithaque !

 Car la vie est une Odyssée . Ce n'est pas un simple parcours de santé . Parfois il nous arrive de perdre pied et d'être embarqué, bon gré mal gré, sur le radeau de la Méduse . Alors, pour pour éviter de sombrer,  on s'en remet aux astres , et à leur grande prêtresse . Le spectacle certes est moins exaltant que celui de la Pythie rendant l'oracle d'Apollon . Point de transe ni de langage abscons. La sphinge des temps modernes incarne la raison . Elle manie chiffres et compas à la perfection . Qui eût cru qu'une simple date de naissance recélât une telle foison d'informations !

Mais gare aux mauvaises interprétations ! On peut  passer sa vie à craindre le pire , comme le dramaturge grec Eschyle , à qui un augure  avait prédit qu'il perdrait la vie lors de la chute d'une maison . Le poète tragique  prenait donc soin de passer le plus clair de son temps hors de sa demeure. Cela ne l'empêcha pas d'avoir le crâne fracassé  par la carapace d'une tortue qu'un gypaète avait laissé tomber à dessein sur sa tête , l'assimilant à tort à une grosse pierre . La raison de son  trépas fut bien la chute d'une maison , mais pas celle qu'il redoutait.

Quant aux superstitions , elles sont , pour certains,  un poison quotidien. Les chats noirs , les échelles , les miroirs deviennent les bêtes noires des angoissées congénitales . Le mauvais œil aussi, mieux vaut l'éviter , en se bardant d'amulettes et en faisant discrètement les cornes ( du diable ) pour conjurer le mauvais sort . Pour ce qui est d' avoir la baraka , il est d'usage de toucher du bois . Et les manchots dans tout ça ? Ils font quoi ?

Une chose est sûre . Quoi qu'on fasse , rien n'arrêtera les sombres Parques dans leur implacable tâche . On peut toujours essayer de leur faire les yeux doux , elles sont aveugles . Le jour venu , elles couperont le fil de notre vie et l'on ira rejoindre les astres , débarrassés de ce fatras de doutes et de craintes , d'espoirs et de gloires . La vie est un jeu de hasard . Alors battons les cartes nous-mêmes au lieu de recourir à la cartomancie , chiromancie et autres mantiques dernier cri. L'avenir adviendra quoi qu'on fasse . Alors vivons pleinement le présent , et croisons les doigts...